Tout le monde est graphiste et pourtant...

Rédigé par T'adhères ou pas mais c'est bien là !

Dans la culture du graphisme, les acteurs les plus visibles sont les « graphistes auteurs ». Ils envisagent leur pratique de façon complexe et théorique, interrogeant sans cesse sa définition, son rôle dans la société, ou ses systèmes internes. Ils constituent un corps de métier exigeant qui entend atteindre plusieurs niveaux de maturité (technique, optique, intellectuel et artistique). La notion même de « graphiste auteur » n’est connue que par quelques milieux culturels pointus.

Pour cause, ou par conséquent, leur production ne s’adresse généralement qu’à ces lecteurs initiés, et demeure pratiquement absente de notre champ de vision quotidien […]. Les graphistes « auteurs » sont le plus souvent sollicités par des clients prestigieux, eux-mêmes inclus dans des microcosmes culturellement denses (« grandes marques », marques de luxe, institutions culturelles, maisons d’éditions intellectuelles, etc.) et la diffusion du résultat de leur collaboration est habituellement restreinte.

 

Les réalisations des graphistes « semi-auteurs » ou « exécutants » forment quant à elles la majorité du graphisme « visible ». Elles ne figurent dans aucun livre de graphisme, ne sont récompensées par aucun concours, et ne décorent pas les chambres des étudiants en graphisme.

Ces nombreux praticiens semblent être des acteurs invisibles et muets, œuvrant dans les plus grosses agences de communication comme dans les plus petites structures locales. Les commandes sont en général moins honorifiques, et les clients imposent plus facilement leurs choix (un « graphiste exécutant » peut se faire remplacer par un autre, alors qu’un « graphiste auteur » est sollicité pour sa personnalité). Très liée au commerce, cette catégorie est la principale façon de pratiquer le graphisme, la plus répandue, et celle où circule le plus d’argent.

 

[…] Le « graphisme d’amateur » engrange, lui, peu d’argent ;
il est le plus souvent locale, occasionnelle, non rémunérée, reste dans un cercle d’amis, de collègues, de quartier. Les acteurs de ce graphisme ne savent pas toujours ce qu’est un « graphiste », ils n’ont pas de point de vue théorique sur cette pratique, ni de savoir faire professionnel.
Ils pratiquent cette discipline sans forcement en être conscients, simplement par besoin, par envie ou par manque de moyen. […] Ce sont des secrétaires, des aumôniers, des chanteurs, des étudiants en commerce, des professeurs de sports qui, pour une raison ou pour une autre, ont eu à utiliser un logiciel informatique pour produire une communication imprimée […].

 

À l’heure de la rédaction de ce mémoire, je constate un rapport extrêmement inégal entre l’amplitude que prend, dans nos études de design graphique, la notion de « graphisme d’auteur » et sa place réelle dans la pratique de ce métier. Je mesure également la distance qui distingue le monde des auteurs, monde savant regardant tantôt avec dédain, tantôt avec amusement les autres formes de graphisme, et celui des amateurs, ignorant presque tout du graphisme et a fortiori du graphisme d’auteur.

 

Texte tiré du blog Objets Livres : http://www.objetslivres.fr/Tout-le-monde-est-graphiste.html 

Objets livres [design éditorial] ~ Tout le monde est graphiste

 

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